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GéMagazine n°236 : l'Abbé Pierre
Avril 2004
 
 

“ Il y a cinquante ans, l'abbé Pierre lançait un appel à l'aide sur Radio Luxembourg ”.

De la révélation aux questions sociales.

 

Le 5 août 1912 naît Henri Grouès à Lyon. Cinquième d'une famille  de huit enfants, son père est un industriel soyeux. Agé de dix-neuf ans, il entre au couvent des capucins et y reçoit le nom de frère Philippe. A la mort de son père, le frère Philippe distribue sa part de patrimoine familial à diverses œuvres de charité, avant sa nomination comme vicaire à la basilique saint Joseph de Grenoble. La guerre déclarée, il est mobilisé comme sous-officier avant d'être nommé aumônier de l'orphelinat de l'Assistance publique à La Côte-Saint-André, dans le Vercors. Le maquis du Vercors et de la Chartreuse est actif, et le père Philippe s'engage dans la lutte clandestine. Il prend comme nom de Résistant “ abbé Pierre ”, pseudo qui lui restera. La guerre finie, il est nommé aumônier de la Marine à Casablanca, puis à Paris. Son intérêt pour les questions sociales fait qu'il se présente aux élections législatives de 1945, il est élu député de Meurthe-et-Moselle. Dans le même temps, il s'installe à Neuilly-Plaisance et ouvre la première communauté de Compagnons d'Emmaüs. Les chiffonniers-bâtisseurs se financent par la collecte et la revente d'objets de récupération dès 1951. L'hiver 1954 est marqué par son appel à l'aide sur Radio Luxembourg, cri qui génère des dons bien sûr, mais aussi la construction de cités d'urgence.

En 1994, Joseph Valynseele présentait l'ascendance de l'abbé Pierre dans la seconde série des Généalogies de célébrités. Il y signalait ses origines très concentrées dans le sud-est de la France, de la Bourgogne à la région PACA, avec une souche italienne, les Capissuchi.

 

Une grande famille : sept frères et sœurs et vingt-sept neveux et nièces.

 

Huit enfants dans la famille Grouès, quatre d'entre eux sont restés célibataires, mais un seul, entre au couvent.  - Emmanuel Grouès né le 23 septembre 1906 à Tarare (Rhône), sans alliance ; - Elisabeth Grouès née le 29 mai 1908 à Brignais (Rhône), décédée le 30 juin 1940 à Lyon 7è, sans alliance ; - Noëlle Grouès née le 25 décembre 1909 à Lyon 4è, présidente de l'œuvre adoptive lyonnaise, décédée le 2 février 1985 à Lyon, sans alliance.

Toutefois, l'abbé Pierre a eu treize neveux et quatorze nièces, garçons et filles nés de trois de ses frères et d'une sœur. - Léon Grouès né le 6 avril 1911 à Lyon 4è, directeur de banque, l'un des fondateurs de l'organisation hospitalière et sociale de santé et d'accueil (ORSAC), marié à Lyon 6è le 9 mai 1936 avec Hélène Tardy de Montravel (1912-1988), fille de Henry, ingénieur de l'Ecole centrale de Lyon, et de Louise Pinat, dont un fils et cinq filles. Léon Grouès est décédé le 29 novembre 1990 à Lyon 67 ; - Daniel Grouès né le 6 février 1916 à Lyon 4è, licencié ès Lettres, directeur commercial, allié le 24 août 1945 à Sainte-Adresse (Seine-Maritime) Lucienne Monnier, fille de Louis, directeur de banque, et de Odette Giroud, dont cinq fils et deux filles ; - Pierre Grouès né le 13 juillet 1918 à Lyon 4è, ingénieur de l'Ecole centrale de Paris, chef de fabrication, marié à Lyon 6è le 5 novembre 1942 avec Marie Thérèse Rodet, fille d'Alexandre, docteur en médecine, et de Thérèse Araud, dont cinq fils et trois filles ; - Anne Marie Grouès née le 29 février 1924 à Lyon 2è, alliée à Montreux, en Suisse, le 16 avril 1949 Ernest Tuscher, cadre commercial, fils d'Ernest, commerçant, et de Josette Bonvin, dont deux fils et quatre filles.

 

L'Ubaye,  le berceau des Grouès et des Cogordan.

 

L'ancêtre le plus lointain en ligne directe connu est Antoine Grouès (n° 64), cultivateur à Saint-Paul, devenu depuis 1998 Saint-Paul-sur-Ubaye, dans le département des Alpes de Haute-Provence (avant 1977, département des Basses-Alpes). Saint Paul fut possession des ducs de Savoie de 1388 à 1713, et a souffert des guerres de religion au XVIè siècle.

Marguerite Imbert (n° 65), épouse de Antoine Grouès, a eu au moins un fils, Joseph Grouès (n° 32), mort le 10 décembre 1826 à l'âge de soixante-dix-huit ans. Laboureur à saint-Paul, Joseph Grouès a épousé une cousine, Marguerite Grouès (n° 33), morte le 27 septembre 1811 âgée de soixante-quatre ans. Marguerite Grouès est la fille de Esprit Grouès (n° 66), négociant à saint-Paul, et de Marguerite Audiffred (n° 67). Antoine Grouès (n° 16), un de leurs enfants, va épouser Marie Cogordan (n° 17), d'une famille originaire elle aussi de saint-Paul.

Marie Cogordan est la fille d'André Cogordan (n° 34), docteur en médecine, et de Anne Marie Richaud (n° 35), cette dernière décédée le 21 avril 1813. André Cogordan est probablement, selon le travail de recherche effectué par Joseph Valynseele et Denis Grando, le frère de Joseph Cogordan (n° 36), allié à Magdeleine Signoret (n° 37). De fait, Marie Cogordan (n° 17) et Antoine Cogordan (n° 18) sont cousins issus de germains.

 

Deux tantes installées au Mexique.

 

Antonin Grouès (n° 4) est natif de saint-Paul, il y a épousé en premières noces le 24 mai 1854 une cousine éloignée, Madeleine Grouès (1837-1854), morte tout juste quelques mois après leur union. Veuf, Antonin Grouès prend pour seconde femme, Marie Brottet (n° 5), par ce mariage il amorce le déplacement de la famille Grouès des Alpes de Haute-Provence vers le Rhône.

Trois enfants vont naître à Lyon ; un garçon, Antoine Grouès (n° 2) et deux filles. Adrienne Grouès (1865-1951) mariée à Grigny le 12 août 1890 avec Félicien Grouès (1858-1932), fils de second mariage de son grand-père paternel André Grouès (n° 8) avec Catherine Garcin ; et Marie Grouès (1875-1949), mariée à Saltillo, au Mexique le 8 juillet 1896 avec Jean Maurel (1862-1920), un cousin germain, fils de Jean Baptiste Maurel et d'Eléonore Grouès. Les deux époux natifs de saint-Paul se sont installés avec leur famille au Mexique, Félicien Grouès, comme négociant et Jean Maurel, comme directeur de société. Ils ont ainsi fait partie de ces familles qui ont quitté non seulement les Alpes-de-Haute-Provence, mais aussi la vallée de l'Ubaye et les Hautes-Alpes dès 1845 pour aller faire fortune à l'instar des Frères Arnaud installés en 1821 à Mexico et dont les descendants ont fondé Arnaudville. Il est vrai que cette région aux hivers rudes et longs a de tout temps obligé les hommes à aller s'employer durant la moitié de l'année, poussant les plus aventureux à devenir colporteurs, allant sur Lyon ou en Bourgogne. André Grouès (n° 8), l'arrière-grand-père de l'abbé Pierre, était d'ailleurs propriétaire cultivateur à la belle saison et colporteur l'hiver.

 

Les Perra et les Girin : une histoire de famille à saint-Loup.

 

Certaines familles ont été, par contre, sédentaires comme, par exemple, les Perra et les Girin, familles qui sont alliées d'une manière répétitive. Benoît Perra (n° 48) de saint-Loup, dans le Rhône, est né le 7 octobre 1731 ; il s'y est éteint en qualité de marchand toilier le 23 avril 1813. Benoît Perra était l'époux de Anne Peillon (1727-1794), native d'Alix. Un fils, François Perra (n° 24) né à saint-Forjeux le 7 février 1766, se marie le 8 juin 1791 à Antoinette Girin (1772-1843), sœur de Jean-François Girin (n° 52). Ce dernier est né à saint-Loup le 30 avril 1752, y est décédé le 5 mars 1815. De son épouse, Antoinette Soly (1756-1814), il eut un fils, prénommé aussi Jean François, père de Françoise Girin (n° 13) qui épousera le 26 février 1832 à saint-Loup François Perra (n° 12) : Françoise Girin était donc la nièce à la mode de Bretagne de son mari, François Perra.

Benoît Perra épouse une fille Peillon, patronyme que l'on retrouve lorsque l'on étudie la famille Brottet. Henri Brottet (n° 10) est en effet le fils de Jean Pierre Brottet (n° 20) et de Agathe Peillon (n° 21), et petit-fils du côté maternel de Odet Peillon, né et décédé à Grigny (1723-1779), voiturier par eau, et de Jeanne Peillon, née à Millery et décédée à Grigny (1720-1808), ces derniers mariés à Millery le 14 janvier 1744.

 

Gouverneurs de la mine de manganèse de Romanèche-Thorins.

 

Au XIXème siècle, Romanèche-Thorins près de Mâcon comptait quatre mines de manganèse. Le Manganèse - “ savon du verrier ” - servait à blanchir le verre, était surtout utilisé dans la sidérurgie et la faïencerie. Le gisement de Romanèche est évoqué dans un édit de 1413 de Charles VI, les mines de Romanèche ont fermé en 1919. La famille Chamussy est originaire de Pradines, dans le département de la Loire. La famille a été remontée jusqu'à la fin du XVIè siècle. Claude Chamussy (n° 56) y est né le 21 janvier 1754. Marchand et propriétaire, il a épousé le 1er février 1780 à saint Victor sur Rhins, dans le même département, Françoise Devillaine (n° 57), née à Thizy (Rhône) le 17 octobre 1761, fille d'un négociant, Antoine Devillaine (n° 114) et de Marguerite Donzy (n° 115).

Le fils de Claude Chamussy et de Françoise Devillaine, Joseph, est filateur de coton lorsqu'il épouse le 14 août 1812 à Lyon Eléonore Pitiot (n° 29), elle-même fille d'un chirurgien des hôpitaux de Lyon fusillé le 3 janvier 1794. Joseph Chamussy (n° 28) sera ensuite nommé gouverneur de la mine de manganèse de Romanèche, son fils, Daniel Chamussy (n° 14) en fut directeur gérant. Romanèche fut pendant plusieurs décennies le théâtre de la vie de la famille Chamussy.

 

Des hommes et des femmes d'église des deux côtés des Alpes.

 

Toutes ses familles alliées ont engendré des hommes et des femmes d'église, qui ont su s'engager pour le bien des autres. Marie Anne Capissuchi de Bologne (n° 19) appartiendrait à un rameau ayant donné des cardinaux et des évêques. Léon Grouès, frère de Antonin Grouès (n° 4), né le 14 janvier 1832 à saint-Paul, décédé le 15 juillet 1905 à Aix-en-Provence, fut prêtre et membre de la Compagnie de Jésus. Benoît Perra, frère de Marius Perra (n° 6), né le 15 août 1835 à saint-Loup, décédé le 14 septembre 1914 à saint-Loup, fut prêtre de la Société des missionnaires de saint-Irénée et directeur du séminaire d'Alix (Rhône). Marie Agathe Brottet, sœur de Henri Brottet (n° 10), née à Grigny le 4 octobre 1795, fut religieuse du Sacré-Cœur des chartreux à Lyon. Marie-Thérèse Fournet, sœur de Anne Fournet (n° 11), née à Vourles le 12 juin 1821, fut religieuse. Pierre Girin, frère de Françoise Girin (n° 13), fut prêtre et supérieur du petit séminaire de Largentière. Adrien Dorier, père de la seconde épouse de Daniel Perra - oncle maternel de l'abbé Pierre - s'engagea en 1867 pour défendre le Pape et les Etats de l'Eglise, dans ce corps prestigieux, créé à Rome en 1860 et dissous à Rennes en 1871, les zouaves pontificaux.

 

Bibliographie :

 

“ A la découverte de leurs racines ” de Joseph Valynseele et Denis Grando. ICC. 1994.

“ 1954-2004 Abbé Pierre l'insurgé. Les 50 ans, de lutte contre l'exclusion du plus populaire des Français ”. La Vie. Hors-série n°14.

 

 
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