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GéMagazine n°188 : Pierre Brasseur
Décembre 1999
 
Pierre Espinasse dit Pierre BRASSEUR.
Comédien et auteur.


Né en 1905 à Paris, Pierre Brasseur a commencé sa carrière dans les emplois de jolis garçons irrésistibles et débrouillards. Il a un style splendide et excessif, joue dans de très nombreux films notamment dans "les Enfants du paradis", "Quai des brumes" et "les Portes de la nuit", trois oeuvres de Marcel Carné. Son dernier film réalisé par Ettore Scola en 1972, l'année même de sa disparition, est "la plus Belle Soirée de ma vie". En 1968, il a publié un livre de souvenir "Ma vie en vrac".
L'ascendance de Pierre Brasseur nous révèle des origines éparpillées sur au moins six régions françaises: Auvergne, Lorraine, Rhône-Alpes, centre, Nord, Pays de Loire. S'y ajoutent des racines belges.

La famille Espinasse de Cellule, dans le Puy-de-Dôme.

L'ancêtre le plus lointain connu est Gilbert Espinasse (n°128), écrit Lespinasse; il est le père d'au moins Jean Espinasse (n°64) qui a épousé le 10 février 1755 à Cellule, Françoise Taraniat (n°65), une parente (cousinage non déterminé), après avoir obtenu une dispense de consanguinité du 4ème au 4ème degré de parenté. Elle est orpheline de père et de mère à son mariage, Marien Taraniat (n°130) et Anne Barthet (n°131) sont en effet dits "décédés"; elle a pour tuteur François Cluset et est accompagnée de son oncle Antoine Barthet.
La famille Belin ou Bellin commence avec un Jean Belin (n°132), époux de Françoise Seguin (n°133), qui eut au moins six garçons tous vivants en 1759 à Saint-Myon (Puy-de-Dôme): Joseph, Etienne, Gervais, Antoine, Jean et Marien Belin (n°66). Le mariage de ce dernier fut célébré à Cellule le 3 février 1759 avec Anne Taraniat (n°67), fille de Etienne Taraniat (n°134) et de Anne Belin (n°135) après avoir obtenu une dispense de consanguinité au 3ème degré de parenté comme cousins issus de germains selon le droit canonique.
Jean Espinasse (n°32) a épousé par contrat passé devant maître Chaduc, notaire à Riom, le 1er février 1780 Marie dite Jeanne Belin (n°33). L'acte notarié (AD.63. 5E28-352) nous révèle que les parents du futur sont alors décédés, que Jean Espinasse est "mineur émancipé d'âge" et qu'il est autorisé à contracter mariage par autre Jean Espinasse, son oncle paternel, nommé comme curateur. Jean Espinasse (n°32) fut baptisé le 26 juillet 1760 à Cellule, quant à Marie Belin, elle le fut le 4 juillet 1761 à La Moutade, de la paroisse de Cellule. De leur union sont nés au moins deux garçons: 1° Jean Espinasse né le 14 mars 1787; et 2° Guillaume Espinasse (n°16) qui fera souche à Metz (Moselle).

Jean Louis Dufour, pensionnaire du roi.

Guillaume Espinasse (n°16) épouse à Illange Anne Dufour. Marchand de toiles, il eut de son épouse au moins cinq enfants tous nés à Metz: 1° Marie Thérèse née le 9 juillet 1818; 2° Ferdinand Antoine (n°8); 3° Marie née le 1er mars 1821; 4° Alphonse né le 2 mars 1822 et décédé le 10 septembre 1825; et 5° Jean Baptiste Eugène né le 11 septembre 1824. Anne Dufour (n°17), qui fut baptisée "incontinent", c'est-à-dire "immédiatement" après sa naissance "à cause du péril de mort" le 31 juillet 1784, avait un frère jumeau, Mathias, qui décéda le 19 novembre de la même année. Jean et Catherine Dufour les avaient précédées, le premier né le 24 juillet 1776, et la seconde, née le 2 juillet 1779. Jean Louis du Four dit Dufour (n°34), fils de Louis Dufour (n°68) et de Marguerite Le Conte (n°69), s'est allié avec Marie Marchand (n°35) le 29 août 1775 à Illange (Moselle); elle est la fille d'un tailleur d'habits, feu Nicolas Marchand (n°70) et de Catherine Leich (n°71), laquelle consent au mariage. L'union fut précédée de trois publications et d'un ban fait à Givet - actuellement dans le département des Ardennes - , dans le diocèse de Liège. Un acte notarié établi à Paris constate l'absence du père du marié, Louis Dufour (n°68), qualifié de maçon à Paris, sur la paroisse de Sainte-Marie-Madeleine-de-la-Ville-l'Evêque, absence constatée depuis six années consécutives. L'époux est sergent au régiment d'Auvergne et est âgé de 48 ans. Au mariage de sa fille Anne, Jean Louis Dufour (n°34) est décédé. C'est comme "pensionnaire du roi" que Jean Louis Dufour s'est éteint à l'Hôtel Dieu à Paris le 6 janvier 1787.

La famille Espinasse à Paris.

Deux des enfants au moins de Guillaume Espinasse (n°16) et de Anne Dufour (n°17) se sont installés à Paris. C'est ainsi que la naissance de Paris Auguste Albert Espinasse (n°4) fut enregistrée le 10 juillet 1845 sur le 6ème arrondissement ancien de Paris. Il semble que Ferdinand Antoine Espinasse (n°8)  et Julie Bernardine Matigny (n°9), ses parents, ne se soient jamais mariés. En effet, au décès survenu le 22 avril 1851, Ferdinand Antoine Espinasse est dit "célibataire". Cet état est confirmé par la consultation des tables de successions et absences (AD.Seine DQ8). Il fut inhumé au cimetière du Nord. Le 5 février 1853 fut célébré sur le 6ème arrondissement ancien de Paris le mariage de Jean Baptiste Eugène Espinasse, frère de Ferdinand Antoine, et de Julie Bernardine Matigny (n°9). Julie Bernardine Matigny (n°9) s'est éteinte le 12 avril 1854 sur le même arrondissement. Quelques années plus tard, le 8 janvier 1876 est célébré sur le 9ème arrondissement de Paris le mariage de Jean Baptiste Eugène Espinasse, homme veuf, avec Elisa Adélaïde Dezuro dont il aura un fils: Maxime Espinasse marié à Asnières en 1909 avec Mathilde Joséphine Laporte. Son neveu, Paris Auguste Albert, est son témoin, tout comme lui-même le sera lors du mariage dudit neveu survenu le 1er octobre 1881, comme oncle du futur. On peut imaginer qu'il existait entre l'oncle et le neveu des rapports privilégiés, comme entre un père et son fils, relations accentuées par le décès prématurée de Julie Bernardine Matigny. Mariés le 1er octobre 1881, Paris Auguste Albert Espinasse (n°4) et Marie Augusta Defer (n°5) ont légitimé Georges Albert Espinasse (n°2), né le 28 juillet 1879. Un autre garçon vit le jour: Marcel Ferdinand Espinasse, né le 9 avril 1883, qui est décédé le 6 février 1930 sans alliance.

La carrière de Georges Albert Espinasse.

Georges Albert Espinasse (n°2) est né à Paris en 1879, comme dit précédemment soit deux ans avant le mariage de ses parents. Marié en 1905, quelques mois avant la naissance de notre cujus, Pierre Brasseur, il décède l'année suivante. Sa carrière a été reconstituée grâce aux programmes conservés aujourd'hui par Isabelle Fleureau, petite-fille de Mme Fauquignon, elle-même petite-cousine de Pierre Brasseur du côté des Defer. Ces programmes s'étalent de 1901 à 1906. On découvre ainsi qu'il occupa différents petits rôles lors d'une soirée "concert" du 17 août 1901, lors d'une kermesse à Pierrefitte dans "le train 12" du 24 mai 1902, et dans une série de quatre pièces représentées du 11 au 14 juin 1903. Parallèlement, il occupe le rôle du mari dans "la Suite à demain" de Jean Manneville, le rôle d'un valet dans "la Légende du coeur" de Jean Aicard (1848-1921), le rôle d'un fermier dans "l'Aiglon" de Edmond Rostand (1868-1918), le rôle d'un ministre dans "la Maquignon" de Virgile Josz et de Louis Dumur, et le rôle d'un domestique dans "la Dame aux camélias" d'Alexandre Dumas (1824-1895). Mais on le rencontre aussi dans des rôles plus importants, comme celui de Georges de Sully dans "la Joie de la maison" de Anicet Bourgeois et de A. Decourcelles, celui de Baumgarten dans "la Question des huiles" de Jean Drault, de Fred Miguel Molina dans "la Sorcière" de Victorien Sardou (1831-1908), de Willi Mayer dans "la Loi du pardon" de Jean Manneville, de Malescot dans "Ma Bru" de Fabrice Carré et Paul Bilhaud, de Divart dans "Ménages honnêtes" de Charles Gabichar, de Louis Soubrian dans "Maman colibri" de Henry Bataille (1872-1922). Il a eu pour partenaires entre autres Sarah Bernhardt (1844-1923), Mademoiselle Moreno (1871-1948), Edouard de Max (1869-1924), Hélène Dieudonnée (1887-1980), et Constant Rémy (1882-1957).
Du 5 janvier au 8 février 1906, il a tenu quatre rôles dans quatre comédies, année qui commençait fort bien; malheureusement, il s'est éteint le 17 mai 1906 dans le 17è arrondissement de Paris après quelques semaines de maladie, seulement âgé de 26 ans.

Les Defer à Morialmé en Belgique.

Pierre Joseph Defer (n°20), natif de Morialmé, ancienne commune de Belgique rattachée à Florennes, dans la province de Namur, a eu de son épouse, Catherine Defraire (n°21), au moins quatre enfants tous nés à Walcourt, dans la même province: 1° Marie Antoinette Defer née le 25 mars 1816 qui épousa le 24 février 1838 à Saint-Philippe-du-Roule à Paris monsieur Champeaux; 2° Augustin Ghislain Defer (n°10); 3° Joseph Ghislain Defer né le 19 mars 1921 qui s'est allié le 18 mai 1848 à Saint-Philippe-du-Roule à Paris avec Mademoiselle Frouchet; et 4° Cyprienne Defer née le 6 août 1824 qui fut l'épouse de Pierre Joseph Desoile.
Augustin Ghislain Defer (n°10) s'installa avec son épouse Eugénie Bouard (n°11) comme loueurs de voitures. Leur mariage fut célébré à Puteaux (Hauts-de-Seine) le 23 juin 1840. Plusieurs enfants vont voir le jour, les premiers à Chateaudun (Eure-et-Loir) commune d'origine de leur mère, les autres à Paris. Dans l'inventaire dressé après le décès de Eugénie Bouard (n°11) survenu en 1877 sont mentionnés comme enfants vivants: 1° Amélie Defer épouse de Claude Bussat, boucher à Paris; 2° Marie Augustine dite Joséphine Defer femme de Pierre Gasnier, fumiste à Paris; 3° Marie Augusta Defer (n°5), alors femme de Louis Jules Contat, cocher à Paris, qui épousera en secondes noces Paris Auguste Albert Espinasse (n°4); 4° Gustave Arthur Defer, cavalier au onzième régiment de cuirassiers en garnison à Lyon; 5° Emile Cyprien Defer, marchand de vins à Paris; 6° Marie Jenny Augustine Defer, célibataire; et 7° Alexandrine Defer, mineure. La famille est assistée par Henri Defraire, agent de police demeurant à Courbevoie. La succession s'élève à la somme de 12.714 francs.

Châteaudun, berceau des Bouard et des Gendron, vignerons.

Les Bouard et les Gendron ainsi que les familles alliées sont localisées à Châteaudun, que ce soit sur les paroisses de Saint-Agnan, de Saint-Lubin, de Saint-Pierre ou de la Madeleine.
Denis Bouard (n°44), fils de Jean (n°88) et de Anne Clément (n°89) unis à Saint-Lubin le 27 septembre 1751, fut baptisé le 31 décembre 1758; il épousa le 13 février 1783 à la Madeleine Marie Louise Lemaignant (n°45), fille née le 28 mars 1758 de François dit Ville-Neuve (n°90) et de Marie Jeanne Jouanneau (n°91) unis à Saint-Lubin le 13 septembre 1756.
Jean Pierre Gendron (n°46), fils de René (n°92) et de Marguerite Blanchard (n°93) unis à Saint-Pierre le 22 décembre 1751, fut baptisé à Saint-Agnan le 11 février 1759; il s'est uni le 13 janvier 1783 avec Marie Madeleine Bouard (n°47), fille née le 11 octobre 1761 de François (n°94) et de Marie Anne Seigneuret (n°95) unis à la Madeleine le 14 février 1753. Les uns et les autres sont qualifiés de "vignerons" à l'exception de François Lemaignant  dit Ville-Neuve (n°90) qui est brigadier des tailles.
Le patronyme Bouard apparaît deux fois à la septième génération mais aucune parenté proche ne se dessine. Jean Bouard (n°88) est le fils d'autre Jean et de Anne Robillard. Sa filiation est indiqué lors de la célébration du premier mariage de Jean survenue le 13 février 1741 à Saint-Lubin avec Marie Agnès Dividis. Quant à François Bouard (n°94), il est le fils de François et de Catherine Richard, mariés le 21 juin 1728 à Saint-Agnan, et le petit-fils de autre François et de Claudine Vallée.

Les Brasseur, bateliers sur les canaux du Nord.

Emmanuel Brasseur (n°48) est décédé à Hasnon (Nord) le 18 février 1809. Son épouse, Marie Françoise Willecomme (n°49), l'avait quitté depuis le 9 germinal an 7 selon le calendrier républicain, soit le 29 mars 1799. Son décès fut enregistré à Mortagne-du-Nord. Leur fils, Emmanuel Joseph Brasseur (n°24), batelier de son état, s'allia avec la fille d'un couple de bateliers dont le bateau était amarré à Mortagne, Virginie Cheval ou Chaval (n°25). Le couple Brasseur-Cheval eut au moins un fils né en Belgique, à Boussu: autre Emmanuel Joseph Brasseur (n°12) qui épousa la fille d'un cabaretier de Landrecies. Il semble toutefois que la famille soit restée encore un temps sur un bateau puisque nous enregistrons la naissance de Oscar Brasseur (n°6) à l'Ile-Saint-Denis, en région parisienne. Deux filles vont naître, une se mariera avec Joseph Alexis Clovis Lécolier, huissier à Fère-en-Tardenois (Aisne), et l'autre, avec Gustave Joseph Fromont, ingénieur à Hénin-Liétard (Pas-de-Calais). La vie itinérante des mariniers, passant de Mortagne-du-Nord, à la Belgique, puis que l'on retrouve à l'Ile-Saint-Denis, et ensuite à Paris, avec une parenté éclatée, explique sans doute la volonté de bouger d'Oscar Brasseur (n°6) que l'on déclare "absent" au remariage de sa fille, Germaine Nelly Brasseur (n°3), union célébrée le 24 octobre 1922 avec Jean Armand Petit, musicien.

Quatre générations de comédiens.
 
Une fécondité somme toute faible. Trois naissances uniques répertoriées en ligne directe dont deux provoquées par le décès prématuré du père, voire aussi celui de la mère. Neuf décès sur les 22 répertoriés ont eu lieu avant 60 ans: deux tiers pour les hommes et un tiers pour les femmes.
A l'exception des déplacements des mariniers qui se sont faits au hasard du travail - en suivant bien sûr le réseau de canaux - l'arrivée à Paris ou en région parisienne est effective dès la troisième génération. Le déplacement de Guillaume Espinasse (n°16) de son Auvergne natale à la Lorraine dès le début du XIXème siècle s'explique sûrement par les difficultés de l'époque, l'incitant à s'installer à Metz comme "marchand de toiles"; ces enfants eux feront le voyage vers Paris où ils seront "doreur sur métaux" ou "cocher". Des activités somme toute modestes au vu des professions rencontrées.
La voie de la comédie s'est ouverte avec Georges Albert Espinasse (n°2), suivi par son fils Pierre. On sait que le flambeau a été repris avec talent par le petit-fils, Claude Brasseur - qui joue actuellement  "L'affrontement" avec Michel Bouquet - , et son arrière-petit-fils: quatre générations de comédiens en ligne directe.

Sources:
Archives départementales de la Loire-Atlantique. Etat-civil de Nantes. Recherches effectuées par Marie-Hélène Leray, généalogiste, 3 impasse du Niger 44800 Saint-Herblain.
Archives départementales du Rhône. Etat-civil de Lyon. Recherches effectuées par Jean-Bernard Laurent, généalogiste, 146 avenue Jean Monnet 69300 Lyon-Caluire.
Archives départementales du Puy-de-Dôme. Registres paroissiaux. Recherches effectuées par Isabelle Malfant-Masson, généalogiste, La Ribeyre-Haute 43000 Polignac.
Archives départementales du Nord. Etat civil. Recherches effectuées par Chantal Mougel, généalogiste, 19 route d'Avesnes 59440 Haut-Lieu.
Archives royales de Belgique. Recherches effectuées par Chantal Mougel, généalogiste, 19 route d'Avesnes 59440 Haut-Lieu.
Archives de la Seine, Archives de la Moselle, Archives de la Sarthe. Recherches effectuées par Myriam Provence.

Remerciements:
Isabelle et Nicolas Fleureau et Jean-Louis Beaucarnot.
 
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